|
|
||
|
Sauvage. 387
|
||
|
|
||
|
actrice de l'Opéra-Comique, demeurante à Paris rue de l'Evêque, paroiffe St-Roch : Laquelle nous a dit que jeudi dernier, fur les trois à quatre heures de relevée, trois particuliers portant épée, jeunes d'âge, à elle inconnus, font, de deffein prémédité, entrés de force chez elle en l'appelant : Gogo, et en di-fant qu'ils vouloient y entrer et y ont fait un tapage étonnant ; qu'ils ont voulu caffer fés glaces, difant : « Faifons boucan», l'ont menacée de la faire renfermer à l'hôpital, en ajoutant par dérifion qu'ils lui fervoient d'écuyers comme elle defeendoit de chez elle pour fe fauver ; qu'il s'eft perdu une paire de bas de foie blancs neuve pendant ce bacchanal ; qu'elle a eu toutes les peines imaginables de fe retirer de chez elle pour s'efquiver d'entre leurs mains à l'effet d'aller rendre plainte chez l'un de nous et ayant palTé par chez fon hôte et ayant appris que lefdits particuliers s'étoient retirés elle s'eft imaginé qu'étant détrompés fur fon compte, ils ne reviendroient plus chez elle : mais que «jourd'hui, il y a environ une heure, les mêmes particuliers, affiftés d'un autre particulier portant auffi épée, font revenus, ont enfoncé fa porte avec tout le fcandale imaginable, faifant un fi grand tapage qu'il n'eft pas poffible de l'exprimer ; qu'ils l'ont traitée publiquement comme la dernière des miférables, faifant amalTer tout le voifinage et les paffans, voulant encore caffer fés glaces à chaque parole qu'elle vouloit dire ; qu'elle croyoit que c'étoit le dernier moment de fa vie et qu'elle ne peut nous expliquer l'horreur et l'infamie de tout ce que lefdits particuliers ont commis chez elle : que le plus méchant d'entre eux en habit d'officier blanchâtre s'étant douté, comme il étoit vrai, qu'elle avoit envoyé chercher la garde, eft defeendu dans la cour où il s'eft mis à crier de toute fa force les injures les plus épouvantables contre l'honneur et la réputation d'elle comparante ; que tous les voifins étoient à leur fenêtre et très-fcandalifés de la conduite defdits quatre particuliers qui ne fe font retirés que lorfqu'ils ont cru que la garde arrivoit et ont monté dans le carroffe de place dans lequel ils étoient venus chez elle en lui faifant toutes les menaces imaginables, difant qu'ils reviendroient au nombre de vingt aujourd'hui chez elle ; que lorfqu'ils y font entrés de force, ils fe font mis tous quatre à crier de toute leur force : « Ran tan plan tire lire I » comme s'ils avoient été dans un mauvais lieu, et fur ce qu'elle re-fuloit de les embraffer, ils ont caffé une glace et des flacons. Et comme elle n'eft pas en fureté de fa vie et qu'elle a intérêt de prévenir à l'avenir de pareilles scènes et d'obtenir raifon de ce que deffus, elle eft venue nous rendre plainte.
Signé : Cadot; A. M. Sauvage.
Et le mercredi 21 defdits mois et an, heure dè midi, eft comparue derechef par-devant nous ladite demoifelle Sauvage : Laquelle nous a dit qu'elle vient d'apprendre que les quatre particuliers qui font venus chez elle, ainfi qu'il eft porté en la fufdite plainte, font les fieurs Leclerc, gendarme, rue du Bouloi ; Roland de la Tillière, demeurant rue St-Jacques ou du Plâtre, au Soleil-d'Or, en chambre garnie ; Machon, lieutenant'dans le régiment d'Artois, logé
|
||
|
|
||